Le Clipon

par Françoiz Breut

(4 min 12 sec, 2012)

Assiégées par les vents,
Mes dunes ondulent,
Monticules de particules fines
Prête à s'éparpiller
Dans le lent mouvement des marées.

Sur cette étroite bande de vie,
Plane un silence troublant,
Malgré ce bouillonnement
Malgré ce microcosme
Ce monde en réduction
à ne surtout pas piétiner.

L'oyat aux longues tiges coupantes
Se mélange aux queues de chats,
Houppes soyeuses et caressantes,
Côtoient les chardons bleus, et l'immortelle.
Elles s'entrelacent et se collent ainsi,
Pour affronter les pires tempêtes,
Ont trouvés leur place ici
Se sont agrippées au sol,
Dans l'espoir d'y rester.

D'un côté de cette parenthèse vivante,
Il y a l’horizon funeste,
Avec en découpe des cheminées,
Des tuyauteries de raffineries,
Des lumières jours et nuit,
Une rumeur lointaine de machine.
De l'autre, un point de vue orientée vers la mer,
L’horizon, là, se fond se dissout dans les flots.
L'horizon respire
Dans un paysage harmonieux
Et j'essaie d’oublier dans ma rétine périphérique,
Ce géant malvenu, cet intrus pernicieux.

Sur le rivage les épaves sommeillent,
Des bouts de murs s'enfoncent
Tranquillement dans le sol
S’offrent aux eaux salées.
Il ne reste que des briques solitaires
Détachées d'une maison,
D’un hôtel où les jours tranquilles
Filaient avant que tout soit englouti.
Les blockhaus, immuables mastodontes s'enlisent
Et au fur et à mesure la nature les enveloppent.

Au milieu des dunes,
Des vestiges, des ruines,
Des empreintes d'hommes qui y ont vécu,
Espéré, aimé, rêvé, construit des lieux pour y vivre
Et y respirer l'air venu du large,
Des hommes qui ont cultivé la terre,
Des hommes qui ont du la fuir,
Ces hommes qui n'avaient pas prévu l'expulsion
L’érosion, la dépossession
Les pertes d'une vie entière de rêve et de travail.

Au milieu des dunes
Une ruine se distingue par sa hauteur,
Son isolement, c’est la "maison du pendu"
Dont il ne reste que quatre façades et un toit béant.
Brute et parcourue de toutes parts
Par les rafales, elle n'est plus un abri pour personne
Excepté quelques animaux de passage.

Le vent mugit à son approche,
Comme s'il avait peur d'y croiser quelques fantômes,
Des traces, des empreintes d'hommes que la végétation
a progressivement recouvert.
Les navires la découvrent de loin, car c'est la seule survivante
en pointillés sur la carte maritime.
Le lierre continuera d'envahir ces derniers vestiges, témoins de ce temps révolu, où l'homme avait encore sa place.

Je vais devoir partir au hasard des courants
Venus d'Angleterre, de l'autre côté de la ligne tremblotante
Où glissent nonchalamment cargos et portes conteneurs
Chargés à en faire déborder la mer.
Je vais devoir m'envoler au hasard,
Vers une géographie plus paisible.

Ici seul l'horizon restera,
Passera du gris au vert, du bleu au jaune,
Au dessus d'un espace englouti,
D’un espace rétrécie.
Non je ne veux pas disparaître avec le sable.
Une fois les joncs coupés, l'oyat broyé,
Les dunes laminées, anéanties
Où il n'y aura plus aucune aspérité,
Et la toute puissante main de l'homme
Aura fait disparaitre le moindre petit fragment de vie.

Le Clipon

par Françoiz Breut

(4 min 12 sec, 2012)

Assiégées par les vents,
Mes dunes ondulent,
Monticules de particules fines
Prête à s'éparpiller
Dans le lent mouvement des marées.

Sur cette étroite bande de vie,
Plane un silence troublant,
Malgré ce bouillonnement
Malgré ce microcosme
Ce monde en réduction
à ne surtout pas piétiner.

L'oyat aux longues tiges coupantes
Se mélange aux queues de chats,
Houppes soyeuses et caressantes,
Côtoient les chardons bleus, et l'immortelle.
Elles s'entrelacent et se collent ainsi,
Pour affronter les pires tempêtes,
Ont trouvés leur place ici
Se sont agrippées au sol,
Dans l'espoir d'y rester.

D'un côté de cette parenthèse vivante,
Il y a l’horizon funeste,
Avec en découpe des cheminées,
Des tuyauteries de raffineries,
Des lumières jours et nuit,
Une rumeur lointaine de machine.
De l'autre, un point de vue orientée vers la mer,
L’horizon, là, se fond se dissout dans les flots.
L'horizon respire
Dans un paysage harmonieux
Et j'essaie d’oublier dans ma rétine périphérique,
Ce géant malvenu, cet intrus pernicieux.

Sur le rivage les épaves sommeillent,
Des bouts de murs s'enfoncent
Tranquillement dans le sol
S’offrent aux eaux salées.
Il ne reste que des briques solitaires
Détachées d'une maison,
D’un hôtel où les jours tranquilles
Filaient avant que tout soit englouti.
Les blockhaus, immuables mastodontes s'enlisent
Et au fur et à mesure la nature les enveloppent.

Au milieu des dunes,
Des vestiges, des ruines,
Des empreintes d'hommes qui y ont vécu,
Espéré, aimé, rêvé, construit des lieux pour y vivre
Et y respirer l'air venu du large,
Des hommes qui ont cultivé la terre,
Des hommes qui ont du la fuir,
Ces hommes qui n'avaient pas prévu l'expulsion
L’érosion, la dépossession
Les pertes d'une vie entière de rêve et de travail.

Au milieu des dunes
Une ruine se distingue par sa hauteur,
Son isolement, c’est la "maison du pendu"
Dont il ne reste que quatre façades et un toit béant.
Brute et parcourue de toutes parts
Par les rafales, elle n'est plus un abri pour personne
Excepté quelques animaux de passage.

Le vent mugit à son approche,
Comme s'il avait peur d'y croiser quelques fantômes,
Des traces, des empreintes d'hommes que la végétation
a progressivement recouvert.
Les navires la découvrent de loin, car c'est la seule survivante
en pointillés sur la carte maritime.
Le lierre continuera d'envahir ces derniers vestiges, témoins de ce temps révolu, où l'homme avait encore sa place.

Je vais devoir partir au hasard des courants
Venus d'Angleterre, de l'autre côté de la ligne tremblotante
Où glissent nonchalamment cargos et portes conteneurs
Chargés à en faire déborder la mer.
Je vais devoir m'envoler au hasard,
Vers une géographie plus paisible.

Ici seul l'horizon restera,
Passera du gris au vert, du bleu au jaune,
Au dessus d'un espace englouti,
D’un espace rétrécie.
Non je ne veux pas disparaître avec le sable.
Une fois les joncs coupés, l'oyat broyé,
Les dunes laminées, anéanties
Où il n'y aura plus aucune aspérité,
Et la toute puissante main de l'homme
Aura fait disparaitre le moindre petit fragment de vie.